Photo Thomas PAROUTY - Markertingconscient.comC’est sur une péniche bercée par la seine que j’ai rencontré Thomas Parouty.

Après une décennie à travailler pour et à fonder des agences relationnelles et digitales, il y a 5 ans Thomas Parouty a créé l’agence « Mieux ! ». « Pour que les entreprises puissent faire mieux que leurs concurrents, mieux qu’hier, mieux dans l’absolu ». Mais aussi parce qu’Internet a donné plus de place à un discours capable de remettre en question certains comportements. C’est ainsi que Thomas Parouty a donné naissance à une agence digitale, relationnelle, avec une expertise sur le développement durable.

Bercés par les flots nous nous sommes prêtés au jeu de l’interview.

1/ Thomas Parouty pouvez-vous nous parler de votre vision du marketing responsable ?

 

« Je suis de ceux, peut-être un peu rares, qui pensent que le développement durable n’a pas été créé en 1972 à Stockholm, mais avec l’arrivée des réseaux sociaux et avec la possibilité donnée à toute ONG, tout individu de pouvoir prendre la parole. Tout individu aujourd’hui est capable de faire un film, de le mettre sur YouTube et de générer, peut-être, 10 / 20 / 30 millions de vues en une semaine. »

 

2/ Pour vous, la vraie prise de conscience par rapport au développement durable s’est faite à ce moment-là ?

 

« Oui, c’est parce qu’on a donné la parole à des groupes de pression à travers les réseaux sociaux : Facebook, YouTube…

Greenpeace existe depuis 1971; je me souviens dans les années 80 / 90, des militants et de leurs autocollants jaunes qui disaient « non au nucléaire ». Lorsqu’ils faisaient une manif devant une centrale EDF, il y avait deux « péquenots moustachus » avec leur carton, et ensuite cela faisait un 16ème ou un 32ème de page dans la PQR[i]. Globalement cela ne servait à rien.

 

Aujourd’hui quand Greenpeace prend la parole cela fait 10 millions de vues en 24 heures et toutes les entreprises concernées sont déstabilisées. Une coopérative agricole s’est fait attaquer la semaine dernière. Les fabricants de conserve de thon notamment, Petit Navire, Saupiquet, ont été pointés du doigt il n’y a pas longtemps. On connait aussi le scandale de l’industrie du textile avec le grave accident qui a eu lieu au Bangladesh[ii].

C’est grâce aux réseaux sociaux que les groupes de pression ont le pouvoir. »

mage article Le développement durable tire sa force des réseaux sociaux

 

3/ Un tiers de vos clients sont sur des sujets liés au développement durable, vous est-il arrivé de convaincre certains clients d’inclure cette dimension dans leurs actions ?

 

« C’est assez rare, j’ai essayé de les sensibiliser parfois sur certains sujets mais j’ai pas mal de clients qui sont déjà convaincus.

Par exemple, BEL. Le groupe est rentré dans une démarche de progrès pour améliorer plein de choses : réduire la quantité de sel, la consommation d’eau, le bilan carbone… Il va faire des analyses de cycle de vie pour essayer d’optimiser son activité sur toute la chaîne. BEL n’a pas besoin d’être convaincu. Il en va de même pour Suez, Veolia… Ces entreprises inventent déjà leur économie de demain.

En ce qui concerne les start-up et les professionnels du digital avec lesquels je travaille, le sujet développement durable est peu présent.

Pour le reste de mes clients, il s’agit d’entreprises en pleine transformation digitale, et sur des métiers où le digital a transformé le modèle économique. Par exemple, l’immobilier, l’automobile… Ces entreprises savent que c’est un sujet qui nous intéresse mais elles ne se sentent pas concernées, en tout cas ce n’est pas de leur responsabilité.

Cela ne nous empêche pas de toujours proposer, quel que soit le client, l’écoconception des documents ou des journées de tournage.

Mon rôle est d’aider les entreprises à aller dans le bon sens, donc je ne suis pas vraiment là pour juger, je suis là pour faire en sorte que cela se passe mieux pour elles, que le discours soit clair et que l’on puisse discuter avec tout le monde.

Le dialogue va permettre la compréhension des différentes parties prenantes, et va nous permettre peut –être, parfois, de nous réconcilier. »

 

 

4/ Votre agence intervient dans différents secteurs, selon vous, quels sont les secteurs les plus ouverts au green marketing ?​

 

« Les plus polluants. »

 

5/ Sont-ils vraiment sensibles  à cela ?​

 

« Le développement durable c’est du réactif, ce n’est pas de la bonne conscience. Ce n’est pas de l’engagement. L’entreprise n’a pas à être morale, son objectif est de gagner de l’argent le plus longtemps possible. Comment elle fait ? Elle prévoit tous les impacts possibles…

Le développement durable c’est une stratégie opérationnelle, et pas mal de communication, mais avant tout une remise en cause de sa façon de travailler parce qu’il y a des pressions à l’extérieur.

Ceux qui font du développement durable, ceux qui sont réactifs, ouverts au sujet sont donc par définition les entreprises les plus polluantes. »

 

6/ D’ordre général, lorsque l’on considère les professionnels du marketing en France, peu d’entre eux intègrent la dimension responsable. Qu’est-ce que vous conseillerez à un marketer lambda qui n’a pas encore travaillé dans le développement durable et qui souhaite le faire ?

 

« De faire deux choses.

1/ De regarder Greenpeace. Quand on voit ce que les parties prenantes font à certaines grandes entreprises, il vaut mieux qu’il s’y prépare et qu’il regarde comment les effets collatéraux peuvent se produire.

2/ Faire une étude de matérialité afin de voir quelles sont les pressions qui existent autour de son entreprise. Quel que soit son activité, il peut faire mieux. Il y a forcément des gens qui ne l’aiment pas beaucoup, soit ce sont ses voisins, soit ce sont les poissons qui se trouvent dans la rivière à côté de son entreprise ou encore des personnes… L’étude de matérialité permet d’identifier l’ensemble des pressions possibles pour s’y préparer. Toute entreprise devrait avoir sa stratégie de com de crise prête à être dégainée, dans un tiroir, car le jour où ça arrive ça peut faire mal. »

 

7/ Le marketing durable demeure un marketing de niche, selon vous quel avenir peut-on lui envisager ?

 

« Le développement durable et le marketing responsable sont des tendances de fond, qui vont se développer petit à petit. Il y a une telle diversité dans le marketing durable qu’il va croitre à la vitesse des marchés. Moi je crois au lien entre nouvelles technologies et développement durable. J’ai foi dans les nouveaux modèles économiques, notamment dans l’économie collaborative qui monte en puissance. Quand on voit qu’une entreprise comme Bla Bla Car a été valorisée à hauteur de 100 millions de dollars, on se dit « Tiens il y a un truc qui se passe ». Quant à Air BnB, c’est maintenant une entreprise mondiale, qui est d’une certaine façon le premier hôtelier. On est sur un phénomène qui est permis par les nouvelles technologies et qui ne consomme pas de ressources en plus.

Donc le marketing durable va forcément se développer, il va arriver partout. D’ailleurs, M. Maurice Levy lui-même, le grand patron du monde de la communication en France, a dit « Attention à votre entreprise elle peut se faire uberiser ». Du coup, il y a une espèce de menace qui est à la fois green et tech sur les grandes entreprises traditionnelles. Là aussi c’est grâce aux réseaux sociaux que les consommateurs ont pu s’organiser, penser et consommer différemment. Bla Bla car est un concept très simple mais assez révélateur de la tendance du marché.

Le marketing durable va arriver partout, il faut être patient. »

 

Staëns.

Propos recueillis le 19.05.2015

 

[i] Presse Quotidienne Régionale

[ii] « L’effondrement d’un immeuble qui abritait des ateliers textiles à Dacca … Plus de 1000 personnes y ont trouvé la mort. Un drame qui met en lumière les conditions de travail pour les ouvriers du textile au Bangladesh, un véritable atelier de confection pour le monde entier. » Source : l’express

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